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Le 14 juin, le peuple et les cantons se prononceront sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions ! (Initiative pour la durabilité)».

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Dans les faits, cette initiative n’ambitionne aucunement d’orienter la Suisse vers la durabilité, à savoir un développement économique visant l’équilibre à long terme entre la protection de l’environnement, l’équité sociale et la viabilité économique, afin de préserver les ressources de la planète. Il suffit de lire le texte de l’initiative pour comprendre qu’elle ne propose aucune mesure environnementale, sociale ou économique pour que notre pays se porte mieux aujourd’hui et à l’avenir. L’initiative a pour but exclusif de remettre en cause l’Accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne. Or cet accord est très profitable pour notre économie. Il permet aux entreprises suisses, notamment de la construction, essentielles pour la mise à disposition de logements, de disposer de travailleuses et travailleurs en suffisance. Ce qui ne serait pas le cas si l’accord devait être résilié comme le demande l’initiative.

Dans les faits, en s’attaquant à l’accord sur la libre circulation des personnes, les auteurs de l’initiative veulent remettre en cause l’ensemble des six accords des Bilatérales I entre la Suisse et l’Union européenne, liés entre eux, et par la même occasion faire voler en éclats les Bilatérales III que le Conseil fédéral a fermement négociées dans l’intérêt de la Suisse et que le Parlement examine actuellement. Alors que les tensions géopolitiques sont de plus en plus fortes, que les guerres se multiplient et que l’avenir s’assombrit, cette initiative apporte le chaos et non la stabilité dont la Suisse a besoin. Elle ne propose aucune mesure qui améliorerait le sort des locataires comme le prétendent faussement les auteurs de ce texte, d’ailleurs tous des élus fédéraux liés au lobby immobilier et qui, au Parlement, ont toujours refusé d’améliorer le droit du bail pour lutter contre les loyers abusifs et les congés collectifs. Pire, les élus qui portent cette initiative du chaos ont soutenu à fond les deux affaiblissements des droits des locataires que l’ASLOCA a dû combattre par référendum et que le peuple a heureusement refusés le 24 novembre dernier. Venir nous dire la bouche en coeur que l’initiative améliore la condition des locataires, ce n’est pas seulement faux, mais c’est prendre les locataires pour des imbéciles!

Le récent sondage mené par l’ASLOCA, avec l’institut Sotomo, le montre clairement: 40% des locataires consacrent plus de 30% de leur revenu au paiement du loyer. C’est une part bien trop élevée qui les menace de pauvreté. Le haut niveau des loyers voulu par le lobby immobilier et le refus de la droite de toute politique publique déterminée en faveur des logements à loyer abordable sont la cause de cette situation insupportable pour les locataires. Ce n’est pas en limitant la libre circulation des personnes que les loyers vont baisser et que la Confédération, les cantons et les communes construiront plus de logements à loyer abordable. C’est uniquement l’initiative sur les loyers lancée par l’ASLOCA et qui sera prochainement déposée qui offre une vraie réponse aux abus dans le secteur locatif. Rappelons que notre initiative propose d’introduire le contrôle automatique et régulier des loyers. Prétendre que la libre circulation des personnes introduite en juin 2002 est à l’origine de la crise du logement, comme le proclament les tenants de l’initiative du chaos, c’est occulter délibérément que la pénurie de logements existait bien avant cette date. A Genève, comme dans la plupart des agglomérations, la crise du logement a commencé dans les années 1960. On en veut pour preuve qu’en Suisse le nombre de logements vacants en 2001 (avant l’entrée en vigueur de la libre
circulation) était de 36 000 et qu’en 2025 ce chiffre était pratiquement identique avec 37 000 logements vacants. D’ailleurs, en 2020 (alors que la libre circulation des personnes était en vigueur depuis 18 ans), le taux de logements disponibles a atteint un pic avec 67 000 logements locatifs inoccupés. La disponibilité de logements résulte avant tout des choix des investisseurs immobiliers. Quel que soit le nombre de demandeurs de logement, il y aura toujours pénurie. C’est le moyen pour le lobby immobilier de maintenir les loyers à un niveau élevé et de garantir les meilleurs rendements.

Au vu de tout cela, le 14 juin, une seule réponse possible: NON à l’initiative du chaos!

Carlo Sommaruga
président de l'ASLOCA Suisse

20 juillet 2026
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