GENÈVE – Priorité du logement aux habitants du canton de Genève ? Mon œil !

Le 13 février, nous voterons sur la loi 12752 faussement intitulée « Pour la priorité du logement aux habitants du canton de Genève ». R. Zacharias, ancien ténor de l’aile immobilière du MCG, gros propriétaire actuellement exilé fiscal à Verbier, avait pris l’habitude d’intituler ses projets de lois par un titre destiné à tromper la population. « Protection et liberté pour les locataires » : pour faire passer le retour des congés-ventes. Cette fois, pour rationner les logements sociaux, ses successeurs nous servent « la priorité du logement aux habitants du canton ».

La ficelle est la même. On prétend soutenir les habitant-es alors qu’on favorise les spéculateurs. On méprise les locataires mal-logé-es ou à la rue, en les forçant à attendre deux ans de plus pour un logement social. Fait nouveau cette fois : on discrimine les Suisse-sses et les Genevois-es qui s’installent dans le Canton ou y reviennent de France voisine.

Cette loi est cynique et mal fichue. Elle n’aurait pas dû trouver de majorité au Grand Conseil. Elle est le cadeau de mariage de la droite (PLR, Centre, UDC) à sa fiancée, l’aile immobilière du MCG. Le contrat de mariage : la droite vote la loi 12752 du MCG et celui-ci vote la loi commandée au Centre par les milieux immobiliers pour spéculer au PAV (Praille-Acacias-Vernets).

Pour rappel, le peuple avait accepté en 2018, à 61% des voix, un accord entre l’État et l’ASLOCA pour que le PAV reste en mains publiques. Les spéculateurs avaient bondi. Et pour cause : depuis cette votation, l’État peut appliquer sans limite de temps la protection prévue en faveur des candidat-es à l’acquisition de PPE par la loi dite Longchamp. Les logements en PPE du PAV sont ainsi soumis durablement à un contrôle des prix de vente, et ne peuvent pas être acquis par des spéculateurs pour être thésaurisés puis revendues avec profit. Contre la volonté populaire, les représentants traditionnels des milieux immobiliers au Grand Conseil n’en démordent pas et ont désormais le soutien du MCG.

Ce pacte entre la droite traditionnelle et le MCG, nuisible aux ménages candidats à une acquisition de PPE au sein du PAV, est scellé sur le dos des plus mal-logés et des plus précaires. Aux spéculateurs les terrains du PAV, aux locataires le rationnement du logement social. Voilà la réalité de cet accord.

Refuser la loi 12752, c’est assurer un minimum de dignité pour celles et ceux qui vivent à Genève et sont exclu-es du marché « privé ». C’est refuser que le logement soit le privilège d’une minorité de gens bien insérés tandis que la majorité est contrainte de payer des loyers abusifs, de vivre dans des logements trop chers et trop petits, ou de partir en France ou dans le canton de Vaud.

Refuser cette loi 12752, c’est empêcher les spéculateurs de faire main basse jusqu’aux propres terrains de la collectivité. Ces terrains doivent servir à construire des logements abordables, en propriété ou à louer.

Le 13 février, NON à la loi 12752 !

Christian Dandrès, avocat, ASLOCA Genève

publié dans la Tribune de Genève le 2 février 2022