SUISSE – Télévision: Passage obligatoire au numérique

Le glas a sonné pour les télévisions analogiques. Dès le 1er janvier 2015, il n’y aura dans les foyers plus que des écrans plats numériques. La révolution est en marche.

En Suisse, les programmes TV peuvent être captés par un réseau câblé, par une antenne râteau (émetteurs de la Radio Télévision Suisse), par Internet ou par un réseau téléphonique, comme Swisscom, Sunrise ou M-Budget. Dans tous les cas, les offres sont proposées exclusivement en mode numérique (IP-TN), à l’exception du réseau câblé. Mais, pour ce dernier, tout va changer dès le 1er janvier 2015. Et cela a déjà commencé pour nombre de locataires qui ont reçu une lettre à l’en-tête de l’entreprise de téléréseau qui couvre leur région, leur annonçant d’importants changements, à l’exemple d’Yvonne à Morges: «J’ai vite compris que je n’avais pas le choix: je devais me débarrasser de mon vieux poste de télévision, qui fonctionnait très bien, je tiens à le préciser. Si je voulais encore avoir des images après le 24 septembre 2014 (ndlr: date du changement technique annoncé dans sa région), il me fallait acquérir un nouveau téléviseur. Ce que j’ai fait dans les temps. Mais cet écran noir dans mon salon devant un mur très blanc ne me plaît pas. Je n’arrive pas à m’y faire. A tel point que je l’ai caché derrière une très belle photo des pyramides du Yucatan, au Mexique, que j’avais découpée dans le journal. Aujourd’hui j’ai opté pour le portrait de ma grand-mère.»

Les préoccupations «esthétiques» de cette dame peuvent-elles rivaliser avec l’avancée technologique?

Le point sur cette question avec René Wehrlin, spécialiste des médias à l’Office fédéral de la communication (OFCOM).

Que pouvez-vous dire des téléréseaux?
René Wehrlin. En Suisse, les câblo-opérateurs ne sont soumis à aucune obligation légale de diffuser des programmes TV en mode numérique. Toutefois, s’ils proposent une offre numérique, celle-ci doit obligatoirement contenir les programmes «must-carry», à savoir ceux de la SSR, les programmes régionaux au bénéfice d’une concession, dans leur zone de desserte, ainsi que huit programmes numériques en provenance des pays voisins: ARD, ORF 1, RAI UNO, France 2, Arte, 3Sat, TV5 et Euronews. Jusqu’à fin 2014, les exploitants de réseau sont en outre soumis à l’obligation de diffuser une partie des programmes «must-carry» sous forme analogique. Cette mesure concerne les programmes suisses, puisque l’obligation de diffuser les programmes étrangers susmentionnés a été supprimée en mai 2013.

Qui a décidé de faire passer les téléréseaux en mode numérique?
La décision de supprimer les obligations relatives à la diffusion de l’offre en mode analogique a été prise le 15 juin 2012 par le Conseil fédéral avec l’article 54 de l’ordonnance sur la radio et la télévision. La date précise de la suppression a été fixée le 13 mai 2013, sans toutefois introduire l’obligation de diffusion en mode numérique. Les autorités ont simplement ouvert la voie vers la sortie de l’analogique. Le fait que les programmes analogiques bloquent d’importantes capacités de données sur les réseaux, quatre à dix fois plus que les numériques, a été déterminant dans cette décision, d’autant que les exploitants de réseau souhaitaient pouvoir utiliser ces capacités pour leur offre numérique. Le Conseil fédéral a trouvé judicieux d’abandonner les obligations de diffusion analogique car plus de 80% des foyers recevaient déjà le signal sous forme numérique. Cette année la proportion est même passée à plus de 90%.

Tout un chacun peut fabriquer son propre téléréseau?
En principe, n’importe qui peut exploiter un réseau câblé, pour autant que certaines conditions légales soient remplies et que le réseau soit annoncé auprès de l’OFCOM. Actuellement, la Suisse compte environ 150 réseaux câblés, le plus grand étant UPC Cablecom, avec 1,5 million de raccordements dans tout le pays. Le deuxième, Quickline, fournit 350 000 ménages; il s’agit là d’un groupement de plusieurs réseaux indépendants qui utilisent toutes les prestations de Quickline. Il en existe d’autres, qui ne desservent qu’une seule commune ou association de communes. Un réseau câblé moderne repose aujourd’hui sur le numérique et transmet aussi bien des programmes radio/TV que des services téléphoniques et Internet. Certains réseaux offrent également leur propre offre de vidéo à la demande, avec des films à télécharger ou des services d’information.

Pourquoi y a-t-il tant de différentes entreprises de téléréseau?
En Suisse, les réseaux câblés se sont développés au fil du temps. Au départ, au début des années 60, ces réseaux ont fait leur apparition dans quelques communes avec la construction d’une antenne collective permettant aux ménages de se raccorder. Ce n’est qu’à partir de 1975 environ que les réseaux locaux se sont regroupés ou ont été rachetés par de grandes entreprises comme Rediffusion. Les frontières cantonales n’ont joué aucun rôle dans ces fusions, qui étaient essentiellement dictées par la croissance de l’offre de programmes, ainsi que par l’augmentation des coûts de la réception – qui reposait à l’époque presque exclusivement sur la transmission par satellite –, de la modernisation et de l’entretien des réseaux. En général, les exploitants de réseaux câblés sont des entreprises privées ou font partie de l’infrastructure communale ou régionale, par exemple les entreprises électriques. Ils peuvent donc choisir eux-mêmes ce qu’ils souhaitent proposer dans leur offre de programmes, sous réserve des obligations mentionnées dans l’ordonnance sur la radio et la télévision.

Comment peut-on capter aujourd’hui des programmes étrangers?
En principe, il est possible de conclure un abonnement à des programmes étrangers. Les opérateurs de réseau publient un aperçu de tous les programmes et bouquets de programmes diffusés. Certains programmes d’outre-mer peuvent naturellement aussi être captés par satellite. Dans les magazines spécialisés, on trouve la description des programmes transmis par satellite que l’on peut capter depuis chez nous.

80% des foyers suisses reçoivent la télé par câble
Qu’est qu’un téléréseau?
René Wehrlin. C’est un réseau de télécommunications destiné à la transmission de programmes radio et télévision, de services de télécommunications bidirectionnels classiques (téléphonie) et d’un raccordement Internet à large bande.

A l’avenir, comment va évoluer la diffusion de programmes TV et radio?
En Suisse, les programmes TV et radio sont plutôt diffusés sur des lignes (câbles), dans une proportion constante de plus de 80%. Environ 15% des ménages reçoivent le signal TV par satellite et 3% au moyen d’une antenne par liaisons hertziennes terrestres (DVB-T). Depuis cinq ans, on ne peut que constater que l’utilisation des réseaux téléphoniques (IP-TV) a fortement augmenté (plus de 30%, contre environ 55% pour le câble).

Claire-Lise Genoud
Rédactrice en Chef
Droit au logement