VAUD – Perpectives: Le marché du logement se détend. En bien?

Une légère embellie se profile, profitant du dynamisme retrouvé de la construction, mais cette évolution est loin d’être en adéquation avec les besoins de la population.

Bien que de façon encore imperceptible, la situation sur le marché du logement vaudois donne des signes de détente. Le taux de vacance se situe actuellement à 0,9%, alors qu’il était à 0,8% l’année passée. Le canton de Vaud continue de connaître cependant une grave pénurie de logements, tant quantitative que qualitative, dans la mesure où il est d’usage de considérer un marché comme équilibré lorsqu’il affiche un taux de vacance de plus de 1,5%.

Quantitativement, il y a ainsi un peu plus de biens disponibles sur le marché, principalement des appartements de 1 à 3 pièces. Le taux de vacance des 4 et 5 pièces demeure par contre stable, tandis qu’on observe une légère diminution du nombre de logements vacants de 6 pièces et plus.

Qualitativement, la recherche d’un logement adapté à ses besoins et à sa bourse est toujours aussi difficile. Les logements disponibles sont de plus en plus chers, soit parce qu’ils sont neufs, soit parce que le loyer est augmenté à chaque changement de locataire. En outre, 17% de la population vaudoise est à l’étroit dans son logement et ne peut envisager de louer une surface plus grande à cause des loyers trop élevés.

Plus d’occupants que de pièces habitables

En d’autres termes, cela signifie que, dans un ménage sur dix, il y a bien plus d’occupants que de pièces habitables. À l’inverse, 32% de la population vit dans un appartement confortablement spacieux. Le problème n’est pas tellement de disposer de surfaces généreuses, mais plutôt de ne pas pouvoir trouver d’appartement plus adapté sans être contraint de payer un loyer supérieur. La pénurie qualitative ne connaît, quant à elle, pas de répit.

Un marché du logement équilibré ne signifie donc pas seulement qu’il y a suffisamment de logements vacants, mais aussi que ceux-ci répondent aux besoins de la population. Ces dernières années, la construction de logements a retrouvé un certain dynamisme. Cela explique ainsi la légère détente du marché.

On observe cependant qu’a été privilégiée la construction d’appartements destinés à la vente ou d’appartements procurant de bons rendements aux investisseurs. Il ne sera pas possible de tendre vers un marché équilibré en poursuivant sur cette voie. En effet, construire ne suffit pas, il faut le faire en adéquation avec les besoins de la population. Et c’est là où les choses se compliquent, car ces besoins, il faut, d’une part, les connaître et prendre conscience qu’ils sont évolutifs et, d’autre part, en tenir compte dans toute planification à long terme.

Outil d’évaluation des politiques publiques

Les besoins en habitations évoluent en fonction notamment de la dynamique démographique (croissance et vieillissement de la population), de la conjoncture économique, de l’évolution des moeurs et des comportements de cohabitation.

À cet égard, Statistique Vaud vient de publier le rapport «Perspectives de ménages 2015- 2040»*, qui a pour ambition de fournir des informations, à partir de divers scénarios, sur l’évolution des besoins et leurs conséquences sur le marché du logement. À l’heure où le canton vient de se doter d’une loi, la LPPPL, sur la préservation et la promotion du parc locatif, offrant des moyens pour encourager la construction de logements à loyer abordable et pour préserver le parc locatif des pressions spéculatives, ce rapport est un outil important d’évaluation des politiques publiques.

Il devrait aider les pouvoirs publics, et en particulier les communes, à se doter d’une politique du logement à long terme et leur permettre de favoriser sur leur territoire une offre en logements suffisante et répondant aux besoins de leur population.

*Téléchargeable à l’adresse suivante:http://www.scris.vd.ch/Data_Dir/Elements-Dir/8616/1/F/2015-2040_Menages_VD.pdf

 

Anne Baehler Bech
Secrétaire générale
ASLOCA Vaud