SUISSE – Le business de la sous-location: Témoignage de Sylvia, 23 ans

«J’ai sous-loué mon appartement sur internet»
«Depuis trois ans, j’habite avec mon copain et une amie en colocation. Comme notre appartement se situe à deux minutes à pied de la Foire de Bâle, nos amis ne cessaient de nous dire que nous devrions le sous-louer. Finalement, cette année nous nous sommes lancés à l’occasion de Baselworld, le Salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie qui se déroule durant une dizaine de jours en avril. Au début de l’année, environ trois mois avant la manifestation, notre colocataire a créé un profil sur www.airbnb.ch. Dans un premier temps, nous avions demandé un loyer de 200 francs par nuit pour 4 personnes. Mais nous avons reçu tellement de demandes que nous avons décidé de doubler le prix. Nous avons alors accepté les premiers qui s’annonceraient pour 400 francs par nuit. Nous avons eu de la chance, il s’agissait d’une entreprise genevoise qui cherchait un logement pour deux de ses vendeurs qui assuraient la présence sur un stand.

Des draps spécifiquement pour eux
Avant l’arrivée de nos hôtes, nous avons acheté des draps spécifiquement pour eux et nous avons fait un gros nettoyage de notre appartement. Heureusement nous avons une petite chambre que nous pouvons fermer à clé, nous avons pu y mettre tous nos effets personnels qui ont une certaine valeur. Si nous avons opté pour cette «aventure» qui nous a d’ailleurs rapporté pas mal d’argent – personnellement cela m’a payé ma part de loyer pour plusieurs mois – c’est aussi parce que nous pouvions aller vivre dans nos familles ou chez des amis. Une copine a été d’accord de nous héberger avec mon copain contre un échange de service, nous lui avons réparé son lit. Et elle est allée dormir durant ces dix jours chez son copain. On peut dire que tout s’est vraiment très bien passé.

Pas de liens personnels
Nous n’avons pas eu l’occasion de symphatiser avec nos sous-locataires, nous ne les avons même pas rencontrés, tout s’est organisé par e-mail. Et puis nous savions aussi qu’ils venaient à Bâle pour travailler, qu’ils n’allaient pas occuper notre appartement durant toute la journée et faire les touristes. Cela fait une différence sans doute aussi.

Ils nous ont demandé de passer au milieu de leur séjour pour faire le ménage. C’est mon ami qui y est allé. Mais il n’y avait pour ainsi dire rien à faire car ils n’ont fait que dormir et se doucher. Ils n’ont même pas utilisé la cuisine.

Depuis que nous avons emménagé dans cet appartement, nous recevions régulièrement dans notre boîte aux lettres des demandes d’agences à la recherche d’appartements pour de courts séjours. Pour nous, s’inscrire sur un site, c’est juste éviter les agences et négocier directement et aussi discrètement avec ceux que nous accueillons chez nous. Franchement, pour nous cette première expérience a été tout bénéfice et nous avons décidé de la renouveler pour Art Basel, qui s’est déroulée en juin, avec deux artistes américains qui ont accepté nos conditions.

Conscience tranquille
Nous savons qu’il s’agit d’une sorte de concurrence pour les hôtels, mais ici, à Bâle, durant les grandes foires, les hôtels ne suffisent plus. Alors nous avons la conscience tranquille, à notre connaissance aucune loi nous interdit de sous-louer de manière occasionnelle notre appartement.

Tant qu’il n’y a pas une loi qui nous interdit formellement de le faire, nous allons continuer à l’occasion de ces deux manifestations, qui ont lieu à la même époque chaque année. Il faut dire aussi que notre immeuble est idéal. Il y a beaucoup d’appartements et on peut facilement y passer de manière anonyme.

Concernant nos voisins, nous n’avons pas eu l’occasion de leur en parler. Nous allons sans doute le faire un jour, mais rien ne presse et je ne crois pas qu’ils se soient rendu compte de quoi que ce soit.»

Propos recueillis par:
Claire-Lise Genoud
Rédactrice en Chef
Droit au logement