SUISSE – Italie: L’Aquilla, un provisoire éternel

Cinq ans après le tremblement de terre de L’Aquila, tout reste à reconstruire dans cette région au centre de l’Italie.

Le 6 avril 2009, la terre a tremblé au centre de l’Italie, entraînant avec elle 309 vies et d’innombrables bâtiments. Mais depuis plus rien ne bouge et, à force d’attendre la reconstruction de leurs bâtiments, les habitants de L’Aquila perdent patience. Selon un sondage récent, 78% de la population de L’Aquila trouvent que l’on y vit mal aujourd’hui. La réaction au séisme avait tout d’abord paru rapide et efficace. Mais, sitôt l’action d’urgence finie, le silence s’est abattu sur les ruines de L’Aquila.

Récupération électorale
Au lendemain du séisme, les autorités italiennes, Silvio Berlusconi en tête, se sont précipitées à L’Aquila armées de promesses et d’actions chocs, comme la réalisation en un été de 19 nouveaux quartiers temporaires. Une action publicitaire qui tombait à pic pour le chef d’Etat italien. Cette réaction rapide semblait pleine de promesses pour les habitants, dont 75 000 ont perdu leur logement.

Un provisoire qui s’éternise
Pourtant, cinq ans après peu de chose a changé. Dans certains quartiers, le temps semble s’être figé ce 6 avril 2009 à 3 h 32 et les bâtiments temporaires faisant office d’écoles, de logements ou d’églises ne sont pas près d’être abandonnés. Avec les années, ces complexes construits à la va-vite montrent leurs limites: matériaux fragiles déjà en bout de vie, factures de chauffage astronomiques dues à la mauvaise isolation, mauvaise qualité de vie, etc. Conçus pour parer à l’urgence, ces quartiers n’ont ni âme, ni commerces, ni places de travail.

Un centre-ville abandonné
Le centre-ville de L’Aquila, quant à lui, s’est enfoncé dans l’oubli. Il est aujourd’hui désert et ses façades couvertes d’échafaudages, quand elles ne sont pas laissées à l’abandon. Pour le maire Massimo Cialente, «les gens se sentiront mal tant que le centre historique, le coeur de la ville, un lieu d’identité pour une communauté, ne sera pas reconstruit».

Enlisée dans la corruption
Au banc des accusés de cet immobilisme: le manque d’argent, mais surtout la bureaucratie, qui ralentit le versement des fonds débloqués et la corruption qui les détourne. En janvier dernier, un réseau de corruption a été démantelé: huit personnes ont été mises en examen, dont le maire adjoint de la ville. Les accusations sont multiples: revente illégale des immeubles de logement provisoires, attribution de travaux contre potsde- vin, falsification de documents en vue de détourner des fonds publics, etc. Mais un autre frein pèse sur la reconstruction: le Pacte de stabilité européen. Alors que les besoins pour la reconstruction se chiffrent en milliards, comment trouver une telle somme sans briser le frein à l’endettement?

Les habitants se mobilisent
Face à l’immobilisme des autorités, les habitants se réunissent dans des comités de citoyens pour se réapproprier la ville. Que ce soit en forçant les barrières de sécurité munis de brouettes pour ramasser les gravats, en accrochant symboliquement les clés de leur appartements aux grillages de sécurité ou en marchant par milliers à l’occasion de la commémoration du séisme, ils attirent l’attention sur l’enjeu de la reconstruction: les moyens investis dans le relogement d’urgence ne doivent pas faire oublier la reconstruction du centre-ville. Pour que L’Aquila ne se transforme pas en ville fantôme.