SUISSE – Carlo Sommaruga, président de l’ASLOCA Suisse: « L’ASLOCA Suisse va peser de tout son poids »

Elu le 19 novembre 2016 à la présidence de l’ASLOCA Suisse, Carlo Sommaruga entend donner une nouvelle impulsion à la politique du logement au niveau national.

Vous avez beaucoup oeuvré pour réactiver l’ASLOCA Suisse en 2010. Aujourd’hui vous la présidez, quelles vont être vos priorités?
Carlo Sommaruga. Depuis plus de vingt-cinq ans, je me bats au sein de l’ASLOCA, d’abord à Genève puis dès 2004 au niveau romand en devenant le secrétaire général de l’ASLOCA romande. Locataire convaincu, engagé pour celles et ceux qui se trouvent en position de faiblesse, je me sens concerné depuis toujours par la cause des locataires. Au niveau suisse, je veux renforcer l’ASLOCA et améliorer son fonctionnement. Cela pour défendre de manière performante les locataires. Il ne faut pas oublier que les ménages de la classe moyenne sont toujours plus sous pression. Pour obtenir un logement et le garder à des conditions acceptables, ils doivent faire des efforts disproportionnés.

Dites-nous-en plus…
Si j’insiste sur la classe moyenne, c’est parce que ces locataires-là n’ont plus accès aux logements subventionnés et ils peinent à supporter la cherté des loyers spéculatifs du marché. Ainsi, alors que le taux hypothécaire est au plus bas, les bailleurs ne répercutent pas cette baisse sur les loyers. L’ASLOCA Suisse doit trouver de nouvelles stratégies pour encourager à demander une baisse de loyer. Comme les bailleurs à la leur accorder.

Avez-vous l’impression qu’il est plus difficile aujourd’hui de trouver un logement?
Je le pense. Non seulement parce que les loyers sont plus élevés. Mais aussi parce qu’aujourd’hui tout passe par Internet. Si vous n’êtes pas à l’aise avec un clavier d’ordinateur et si vous n’êtes pas hyperréactif à une annonce, vous n’avez que peu de chances d’accéder à un logement. C’est un vrai et douloureux problème pour un grand nombre de locataires.

Vous avez aussi été l’un des premiers à parler des plates-formes d’hébergement en ligne comme Airbnb?
Ces plates-formes Internet, qui permettent d’offrir une location hôtelière pour un temps limité à un prix élevé, ne peuvent que défavoriser les locataires, qui voient le parc locatif de leur ville s’éroder.

Que proposez-vous?
Nous demandons plus de logements à loyer abordable, mais il faut défendre aussi les logements bon marché existants. Pour cette raison je propose des discussions au niveau national avec les milieux immobiliers et j’espère que la solution que je préconise – à savoir un contrat-cadre conclu entre tous les partenaires sociaux du logement – pourra voir le jour en 2017. Il pourrait ainsi être appliqué rapidement à tout le territoire suisse. Cette solution a l’avantage de ne pas nécessiter le changement de la loi ou d’une ordonnance.

Quel serait le contenu de ce contrat-cadre?
Le locataire doit pouvoir annoncer à sa gérance qu’il souhaite sous-louer partiellement ou ponctuellement son logement, pour autant que le prix demandé pour cette sous-location ne soit pas abusif.

Ce contrat-cadre pourraitil également toucher un propriétaire qui utiliserait une de ces plates-formes pour offrir à titre personnel un logement à la location? 
Un contrat-cadre de bail à loyer a l’avantage de régler facilement un grand nombre de problèmes pour le locataire, mais il n’inclut pas le cas du propriétaire qui met luimême un logement en location sur Internet ni la question du paiement de la taxe de séjour ni surtout l’imposition des revenus. Toutes ces questions vont devoir être traitées par les autorités cantonales pour autant qu’elles s’y mettent.

L’initiative fédérale «Davantage de logements abordables» a été déposée à la Chancellerie fédérale le 18 octobre 2016, quelle est la suite du programme?
Le succès de cette initiative avec près de 125 000 signatures collectées en seulement une année montre bien où se trouve le problème en matière de location en Suisse. Dix pour cent des logements d’utilité publique construits chaque année avec des loyers abordables est un minimum. Et c’est une évidence que la majorité parlementaire ne veut pas voir. Avec ses 220 000 membres, l’ASLOCA Suisse va appuyer de tout son poids pour que cette initiative puisse apporter une amélioration de la situation actuelle. Je m’engage également pour que l’ASLOCA Suisse combatte avec succès les tentatives du lobby des bailleurs dans sa volonté d’affaiblir la protection des locataires du pays alors qu’une nouvelle baisse du taux hypothécaire de référence est attendue avant l’été 2017. Je veux plus pointer du doigt le hold-up permanent des bailleurs contre les locataires. En maintenant des loyers élevés, les bailleurs prennent indûment des milliards de francs des poches des locataires pour remplir leurs caisses.

D’autres projets…
En tant que président de l’ASLOCA, je porterai aussi une attention particulière sur des sujets comme l’aménagement du territoire et les enjeux en matière énergétique. Nous savons que les immeubles doivent être mieux isolés, mais nous ne voulons pas que cela se fasse sur le dos des locataires. Ce serait un scandale de plus!
LE NOUVEAU COMITÉ DE L’ASLOCA SUISSE
Président: Carlo Sommarugaconseiller national PS/GE, secrétaire général ASLOCA romande
Vice-président: Balthasar Glättliconseiller national Les Verts/ZH, président ASLOCA alémanique et Zurich
Vice-présidente: Marina Carobbio Guscetticonseillère nationale PS/TI, comité ASI
Evi Allemannconseillère nationale PS/BE, présidente ASLOCA BE
Jacqueline Badranconseillère nationale PS/ZH
Françoise Bassandmembre du comité du MV ZH
Anne Baehler Bechdéputée Grand Conseil Les Verts/VD, présidente ASLOCA romande, secrétaire gén. ASLOCA Vaud
Patrizia Bernasconi, députée Grand Conseil Les Verts/BS, directrice MV BS
Dorothea Boesch-PankowSG, comité MV Suisse orientale
Sarah Brutschincoprésidente MV BL, comité SMV/D
Christian Dandrèsdéputé Grand Conseil PS/GE
Baptiste Hurnidéputé Grand Conseil PS/NE
Leonardo Matascivice-président ASI/TI, membre Commission fédérale du logement
Pierre Mauron, président groupe parlementaire PS/FR, président ASLOCA FR
Mathias Reynardconseiller national PS/VS

Le secrétariat général à Berne: Michael Töngi, secrétaire général, et Pierre Zwahlen, secrétaire général adjoint