DOSSIER – HandiLoge

Interview d’Etienne Blanc, chef de projet HandiLoge à Pro Infirmis Vaud.

Pourquoi avoir créé HandiLoge?
Le projet HandiLoge, dont le financement est totalement privé à ce jour, a été créée fin 2014 sur une requête des assistants sociaux qui avaient constaté différents problèmes au niveau du logement. La question de la vie autonome dans son propre logement est récurrente chez les personnes handicapées. Elle recouvre tant l’accès au logement que de pouvoir y rester, les motifs pouvant être d’ordre financier, liés à la mobilité ou relevant de préjugés.

Comment fonctionne ce concept?
La première partie de ce projet, que nous avons nommé «Préséance», permet d’obtenir une priorité lors du dépôt d’un dossier de location auprès d’une gérance immobilière et donc de favoriser l’attribution d’un logement aux clients de Pro Infirmis. En effet ces derniers sont peu éligibles à l’obtention d’un bail dans un contexte de pénurie de logements. Pour que notre client puisse bénéficier de cette aide, nous demandons que trois conditions soient réunies:
– premièrement, la personne doit être
suivie par un assistant social de Pro Infirmis Vaud et cela afin de pouvoir bien connaître la situation et le contexte du bénéficiaire;
– deuxièmement, nous demandons une situation financière saine, pas ou peu de poursuites, un revenu suffisant pour permettre le paiement du loyer selon la règle qui dit que le coût du logement ne doit pas dépasser le tiers du revenu;
– et troisièmement, le bénéficiaire doit pouvoir respecter les règles et usages de l’immeuble.

Combien de personnes ont déjà bénéficié de ce programme?
Depuis le début du projet 62 personnes ou familles ont pu trouver un nouveau logement plus adapté à leur situation.
Un partenariat a été mis en place avec dix-neuf gérances, régies ou propriétaires institutionnels, qui acceptent, pour autant qu’un dossier soit financièrement viable, de lui donner une priorité et de le «mettre sur le haut de la pile».Pourquoi l’accès au logement est-il si difficile pour les personnes avec handicap? Quels sont les obstacles, les freins?
Il s’agit parfois de problèmes d’accessibilité mais pas toujours. Je crois qu’il est souvent compliqué pour les gérances de comprendre la structure de revenus de ces personnes, ce qui fait que ces dossiers sont mis sous la pile au profit de dossiers plus facilement lisibles.

Connaissez-vous d’autres projets de ce genre, qui vous ont peut-être inspiré pour mettre celui-ci en place?
Non, je n’en connais pas d’autres.

Est-ce que d’autres cantons fonctionnent ainsi ou s’intéressent à votre concept?
Oui, d’autres cantons s’intéressent au projet (Pro Infirmis Genève et Fribourg) mais ne l’ont pas concrétisé pour le moment.

Y a-t-il d’autres aspects liés au logement à améliorer?
Le projet a un second axe, que nous avons nommé «Concierge+», et qui est encore en développement. Il a pour but de faciliter le maintien à domicile en complétant l’offre de services non couverts par les prestataires existants. En effet certaines tâches comme amener les déchets à l’éco-point, changer une ampoule ou monter le courrier pourraient être effectuées par le concierge de l’immeuble. Ces petits services qui sont parfois très compliqués à exécuter par une personne en situation de handicap pourraient être ajoutés aux tâches usuelles du concierge de l’immeuble, sur la base d’un cahier des charges précis et contre une rémunération forfaitaire. Ce projet est mené conjointement avec l’Association romande des concierges ainsi que l’entreprise Menegalli SA, fournisseur de produits pour les concierges et auteur d’un désormais très célèbre ouvrage de témoignages de concierges. Nous recherchons actuellement les pistes pour la reconnaissance de cet acteur qu’est le concierge, si précieux pour l’aide de proximité aux personnes handicapées vivant à domicile, et nous sommes actuellement en train de lancer la phase de test avec trois ou quatre cas afin d’améliorer et de finaliser le concept.

Propos recueillis par Henriette Schaffter