SUISSE – Initiative «Davantage de logements abordables» : Chantage explicite d’un conseiller fédéral contre une initiative populaire

La majorité du Conseil national a refusé ce jour l’initiative «Davantage de logements abordables» par 143 voix contre 54. Face à la hausse des loyers qui se poursuit, le Conseil national n’entend pas améliorer les conditions d’habitation en faveur de la population.  Le crédit pour les logements d’utilité publique, accepté par 124 voix contre 73, est indispensable, afin de maintenir l’encouragement des coopératives à son niveau actuel. Les débats ont montré une fois de plus que la majorité actuelle du Conseil national est dépourvue de toute intention d’améliorer le sort des locataires. Les problèmes d’une nette majorité locataire de la population ne sont pas pris en compte.

Ce matin, les propos prononcés ont démontré le vrai but du lien conditionnel établi entre l’initiative pour des logements abordables et le fonds de roulement en faveur des coopératives d’habitation. Pour sa dernière séance devant le Conseil national, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a ainsi déclaré que l’objectif était bien d’établir une « pression sur l’épaule » des initiantes et initiants en vue du retrait de l’initiative «Davantage de logements abordables». Voilà qui n’est pas seulement un chantage mais qui se trouve en contradiction crasse avec l’outil démocratique de l’initiative populaire. Un tel comportement n’est pas digne de notre démocratie!

Le Conseil des Etats devra assurer l’an prochain son rôle de chambre de réflexion et supprimer la condition qui lie l’initiative avec le fonds de roulement au bénéfice des logements d’utilité publique.

Lien: https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-videos?TranscriptId=240156

CFF immobilier: un colosse méconnu

Les Chemins de fer fédéraux (CFF) sont à la fois le second propriétaire foncier et la 2e société immobilière du pays. L’exigence de hauts rendements y est forte, bien que l’ex-régie ait acquis ses terrains pour sa mission de service public.

En Suisse romande, CFF immobilier doit toutefois mettre à disposition davantage de logements à loyer modéré. C’est ce que montre l’enquête de la revue Hochparterre, soutenue par l’Asloca Suisse, dans le document ci-contre.

Cliquez ici pour lire le document.

SUISSE – Initiative populaire Davantage de logements abordables : Le Conseil national refuse d’améliorer la politique du logement

La majorité du Conseil national rejette l’initiative populaire Davantage de logements abordables. Face aux loyers qui poursuivent leur hausse, elle ne saisit pas l’occasion des réformes nécessaires en faveur de la population. Le Conseil des Etats devra rectifier ces décisions et considérer les besoins des locataires avec sérieux. Les citoyennes et citoyens auront le dernier mot.

Depuis 2005 selon l’indice officiel, les loyers ont grimpé de plus de 17% en Suisse. Et les valeurs mensuelles de ce même indice des loyers sont toujours supérieures en 2018 à celles de l’an dernier : pas de trace de détente ! La pénurie se poursuit dans de larges parts du pays, dans les villes et les agglomérations en particulier. Dans son Message sur l’initiative Davantage de logements abordables, le Conseil fédéral reconnaît d’ailleurs les problèmes qui existent sur le marché locatif.

Les actes doivent désormais suivre. Déposée en octobre 2016, l’initiative populaire propose de changer la donne : il faut plus de logements en mains des maîtres d’ouvrage d’utilité publique, dont les loyers sont calculés sur la base des coûts et qui assurent des loyers abordables dans la durée. L’initiative livre des solutions concrètes, en encourageant les habitations d’utilité publique et en facilitant à cette fin l’accès aux terrains à bâtir disponibles. Elle évite aussi la disparition d’appartements à loyer modéré après des rénovations importantes.

Les débats du Conseil national montrent ce jour à l’évidence que la majorité n’entend pas améliorer la situation de la classe moyenne notamment. Les soucis des locataires ne sont pas pris en compte.

Hausse nécessaire du crédit pour les habitations d’utilité publique

Le lobby immobilier a échoué dans sa tentative de bloquer le dernier instrument de la Confédération en faveur d’habitations d’utilité publique, aux côtés des cautionnements par 104 voix contre 78 ! Il faut désormais une hausse substantielle du crédit-cadre pour le fonds de roulement – sans lier par chantage l’entrée en vigueur de ce crédit au retrait ou au rejet de l’initiative populaire.

SUISSE- Initiative populaire Davantage de logements abordables: Des loyers plus bas et davantage de coopératives : c’est le moment !

Les loyers connaissent depuis des années en Suisse une évolution unilatérale à la hausse. L’indice des loyers s’est élevé de plus de 17% depuis 2005. En 2018 également, les moyennes mensuelles sont au-dessus de celles de l’an passé et continuent de monter : il n’y a pas trace d’une détente des loyers. La faîtière Coopératives d’habitation Suisse et l’ASLOCA soulignent ensemble la nécessité de changer la donne et mettent en évidence les solutions efficaces de l’initiative populaire Davantage de logements abordables. Elles appellent le Conseil national à soutenir l’initiative le 12 décembre.

Le tout récent rapport complémentaire de l’administration sur l’initiative logements révèle sans pudeur comment la Confédération a laissé tomber l’encouragement du logement. Il dresse la liste des aides interrompues et des mesures jamais réalisées. Pourtant au cœur de la loi en faveur du logement de 2003, les prêts directs pour habitations à loyer modéré sont restés mort-nés.  La Confédération n’a pas non plus légiféré en matière de développement territorial et a abandonné le domaine de l’habitat aux cantons et aux communes. Dernier instrument fédéral, le fonds de roulement permet d’appuyer des coopératives à raison de quelques millions de francs par année.

L’initiative Davantage de logements abordables vise à corriger la politique actuelle, au vu de la pénurie dans de larges parties du pays, de loyers en hausse et de la proportion d’habitations d’utilité publique qui stagne.  Elle est portée par l’Association suisse des locataires (ASLOCA ASI SMV), Coopératives d’habitation Suisse, l’Union syndicale suisse, le Parti socialiste suisse et les Verts. Elle rencontre un large soutien à l’exemple d’HabitatDurable – qui réunit des propriétaires responsables – ou de l’Union nationale des étudiantes et étudiants de Suisse (UNES USO VSS).

Le 12 décembre, le Conseil national débattra de l’initiative pour la première fois. Contrairement à la recommandation négative de la commission de l’économie et des redevances, l’ASLOCA appelle le Conseil national à soutenir l’initiative logements et à augmenter substantiellement le crédit-cadre en faveur des habitations d’utilité publique.

Avec de grands ballons symbolisant les hauts loyers des villes, le comité d’initiative a montré ce matin à Berne devant le Palais fédéral que, grâce à l‘initiative populaire, les loyers peuvent baisser.

Suisse: une initiative avancée et nécessaire

Résolution de l’Assemblée de l’ASLOCA Suisse

En décembre, le Conseil national doit ouvrir la voie à davantage de logements abordables
Le loyer forme le plus grand poste de dépenses d’un ménage. Des loyers en hausse – et non à la baisse – sont dommageable tant socialement qu’économiquement. Malgré les effets d’annonces, les loyers ne baissent pas.
Il faut en Suisse davantage de logements en mains des maîtres d’ouvrage d’utilité publique (coopératives d’habitation, pouvoirs publics), dont les loyers sont fondés sur les coûts et non sur une logique de rendement. L’initiative Davantage de logements abordables agit par des solutions concrètes là où il faut : sur les terrains disponibles pour édifier des habitations d’utilité publique et en encourageant les coopératives en particulier. Elle entend par ailleurs limiter les hausses de loyer après rénovations.
La Constitution fédérale à l’article 41, al. 1. lettre e exige que « toute personne en quête d’un logement puisse trouver, pour elle-même et sa famille, un logement approprié à des conditions supportables ». A l’article 108, la Constitution demande concrètement de promouvoir des logements d’utilité publique. L’ASLOCA exige que ce double mandat constitutionnel soit respecté et mis en œuvre.

La seule mesure d’encouragement est actuellement le Fonds de roulement (des prêts remboursables aux coopératives). Comme des prêts ont été remboursés sans pertes et avec des intérêts ces dernières années, la caisse fédérale a même ainsi gagné des recettes. Le principal outil de la loi de 2003, soit les prêts favorisant les logements à loyer modéré, n’a simplement jamais été utilisé. Comme la Confédération et la plupart des cantons assurent insuffisamment leur responsabilité, il faut désormais un mandat plus complet dans la Constitution fédérale. C’est exactement ce qu’offre l’initiative Davantage de logements abordables.

L’Association suisse des locataires (ASLOCA) interpelle les instances politiques :
• Le Conseil national ne peut continuer en décembre prochain de fermer les yeux sur les problèmes que le marché de l’habitat impose aux locataires.
• Conseil des Etats et Conseil national doivent soutenir l’initiative avancée et nécessaire pour davantage de logements abordables.
• Le Conseil national doit accroître les prêts éprouvés aux coopératives (par le fonds de roulement) pour des habitations d’utilité publique. L’Union des villes suisses exige une augmentation bien plus forte que les 250 millions de francs proposés par le Conseil fédéral. Les coopératives et une minorité de la commission des finances du Conseil national réclament à raison un crédit-cadre de 375 millions de francs.

Suisse – Les locataires combattront toute réduction de la protection contre les abus

Résolution de l’Assemblée de l’ASLOCA

Bienne, le 17 novembre 2018. En donnant suite à deux initiatives parlementaires du président de la Fédération des propriétaires fonciers (HEV) début novembre, la commission juridique du Conseil des Etats a largement ouverte la voie aux loyers abusifs. Elle piétine avec mépris le mandat de la Constitution fédérale qui protège des abus. L’Association suisse des locataires ASLOCA saisira le référendum contre tout affaiblissement de la protection de la partie faible en droit du bail.

Les deux initiatives parlementaires du conseiller national Hans Egloff (UDC/ZH) anéantissent la protection contre les loyers excessifs. A l’inverse de la pratique constante du Tribunal fédéral, la première proposition exige un état de nécessité personnelle ou familiale pour pouvoir contester un abus de loyer initial ; en d’autres termes, elle rend très difficile d’agir contre une hausse à la signature du bail. La seconde proposition facilite exagérément la comparaison des loyers du quartier ou de la localité, pour massivement augmenter les prix locatifs en cours de bail et les profits immobiliers. Ces propositions s’inscrivent en contradiction profonde avec l’article 109, al. 1 de la Constitution, qui oblige la Confédération à légiférer «afin de lutter contre les abus en matière de bail à loyer, notamment les loyers abusifs».

Ces deux initiatives s’ajoutent à celles déjà approuvées par les commissions des deux Chambres, pour péjorer unilatéralement le droit du bail au détriment des locataires : larges facilités accordées aux bailleurs (signature mécanique, loyers échelonnés), sous-location lourdement restreinte et pénalisée.

L’Association suisse des locataires ASLOCA SMV ASI appelle institutions et milieux concernés à
• préserver une paix du logement déjà précaire en Suisse
• éviter de fragiliser davantage la situation des locataires
• combattre toute révision du droit du bail qui affaiblit les protections contre les loyers exagérés et d’autres abus.

 

SUISSE – Assemblée de l’ASLOCA: ouvrir la voie aux logements abordables

Assemblée de l’ASLOCA Suisse le 17 novembre 2018 à Bienne

Les délégués de l’ASLOCA Suisse ont adopté deux résolutions en assemblée générale à Bienne. Ils demandent au Parlement de cesser de démonter le droit du bail, de promouvoir les habitations à loyer modéré et de soutenir l’initiative «Davantage de logements abordables».
Les quelque 80 déléguées et délégués de l’Association suisse des locataires ASLOCA ont approuvé deux résolutions à de larges majorités. Il faut en Suisse plus d’habitations en mains des maîtres d’ouvrage d’utilité publique, car les loyers y restent accessibles durablement, sans être fondés sur des rendements abusifs. L’initiative pour plus de logements abordables permettra d’agir par des solutions concrètes là où il faut : sur les terrains disponibles pour édifier des appartements d’utilité publique et en encourageant les coopératives en particulier. Elle entend par ailleurs limiter les hausses de loyer après rénovations. L’ASLOCA demande au Conseil national de soutenir le 12 décembre l’initiative avancée et nécessaire «Davantage de logements abordables». Le Conseil national doit en outre augmenter les prêts éprouvés aux coopératives (fonds de roulement) et porter le crédit à 375 millions de francs en faveur des habitations d’utilité publique.
Plusieurs initiatives parlementaires visent à affaiblir les droits des locataires et à ouvrir grandes les vannes aux loyers abusifs. L’ASLOCA appelle les autorités à préserver la paix du logement, aujourd’hui déjà fragile, et à combattre toute révision du droit du bail qui réduit la protection face aux loyers excessifs et d’autres abus. Elle saisira le référendum contre tout affaiblissement de cette protection.
Dans divers villes et cantons ainsi qu’au plan européen, des propositions et évolutions novatrices en matière d’habitat ont fait l’objet de présentations et d’échanges. Aux côtés d’autres sujets associatifs, les délégués ont renouvelé le Comité** et réélu Carlo Sommaruga (GE) en tant que président national, Marina Carobbio (TI) et Balthasar Glättli (ZH) à titre de vice-présidents.

** Comité (hors Présidence): Jacqueline Badran, ZH; Anne Baehler Bech, VD; Patrizia Bernasconi, BS; Pablo Blöchlinger, Suisse orientale (nouveau); Sarah Brutschin, BL; Christian Dandrès, GE; Marieke Kruit, BE (nouvelle); Baptiste Hurni, NE; Leonardo Matasci, TI; Pierre Mauron, FR; Michael Töngi, LU (nouveau); Peter Zahradnik, ZH (nouveau).

SUISSE – Feu vert honteux aux loyers abusifs : La commission du Conseil des Etats soutient 2 initiatives du président national des propriétaires

La commission juridique du Conseil des Etats donne suite à deux initiatives déposées par le président de la fédération des propriétaires fonciers (HEV). Elle ouvre grande la voie aux loyers abusifs, sans égard pour le mandat de la Constitution fédérale qui protège des abus. Sa motion pour une révision « équilibrée » du droit du bail n’est qu’une feuille de vigne pour cacher un soutien unilatéral aux intérêts des bailleurs.

La commission des affaires juridiques du Conseil des Etats accepte deux initiatives parlementaires du conseiller national Hans Egloff (UDC/ZH), président de la Fédération suisse des propriétaires fonciers (HEV), qui anéantissent la protection contre les loyers excessifs. Contre la pratique constante du Tribunal fédéral, la première proposition exigera un état de nécessité personnelle ou familiale pour pouvoir contester un abus de loyer initial ; en d’autres termes, elle rendra très difficile d’agir contre une hausse à la signature du bail. La seconde proposition facilitera exagérément la comparaison des loyers du quartier ou de la localité, pour massivement augmenter les prix locatifs en cours de bail et les profits immobiliers. Ces propositions s’inscrivent en totale contradiction avec l’article 109, al. 1 de la Constitution, qui oblige la Confédération à légiférer «afin de lutter contre les abus en matière de bail à loyer, notamment les loyers abusifs». La motion que la commission veut déposer pour une révision soi-disant équilibrée du droit du bail voile fort mal l’appui donné à ces initiatives virulentes contre les locataires du pays. La commission s’est finalement contentée de choisir les propositions les plus destructrices des protections contre les abus dans le secteur locatif, en ne retenant pas les initiatives des conseillers nationaux Philippe Nantermod (PLR/VS) et Olivier Feller (PLR/VD), tous deux responsables de fédérations immobilières.

Soutenue par près de 20’000 personnes en six semaines, la pétition «Non aux loyers abusifs» de l’Association suisse des locataires (ASLOCA) n’a pas trouvé grâce devant la commission, dominée par les intérêts des bailleurs. Il en est de même d’une initiative de Didier Berberat (PS/NE), conseiller aux Etats, qui entendait renforcer la mince protection des locataires contre les abus. L’ASLOCA combattra ces propositions dans le cadre de la révision du droit du bail, qui sera soumise à consultation. Elle appelle à ne pas fragiliser davantage la situation des locataires et à préserver une paix du logement déjà précaire.

SUISSE: Doris Leuthard et Johann Schneider-Ammann: quelle déception!

Voilà! Voilà! Alors que la dernière session du Parlement fédéral prenait fin, coup sur coup, deux conseillers fédéraux annonçaient leur démission.

Les démissions des deux conseillers fédéraux, calculées au plus près par les directions des partis concernés afin d’avoir le meilleur impact possible sur les prochaines élections, étaient une surprise annoncée. En effet, tout le monde s’accordait à considérer que, pour être efficace lors de la prochaine campagne électorale, l’entrée au Conseil fédéral de nouveaux membres devait intervenir au plus tard au début de l’année 2019, année électorale fédérale. Compte tenu du long processus interne aux partis de sélection des candidats à la candidature, les derniers jours de la session d’automne étaient les jours les plus propices pour l’annonce du départ de Johann Schneider-Ammann et de Doris Leuthard.

Vrais problèmes politiques mis de côté
D’un coup, malgré un terme d’annonce évident, la vie politique basculait dans un panégyrique national des démissionnaires, comme seule la Suisse les connaît. Plus un mot sur l’accord politique sur la fiscalité des entreprises supprimant les statuts spéciaux privilégiant les multinationales et le financement de l’AVS afin d’éviter le manque d’argent à venir au niveau des retraites. Oublié le débat sur les exportations des armes qui a vu au Conseil national une large coalition politique intégrant les socialistes, les démocrates-chrétiens, les bourgeois-démocratiques, les Verts et les Verts libéraux s’opposer à la volonté du Conseil fédéral de permettre les exportations d’armes vers des pays en guerre civile. Délaissé l’affrontement politique entre les conservateurs et les progressistes sur l’égalité salariale entre hommes et femmes qui a débouché in fine sur une loi à la portée plus que réduite.

Bataille sociale oubliée
Cette grand-messe nationale autour d’une femme d’Etat et d’un chef d’entreprise qui le resta tout au long de son mandat à l’exécutif n’a par contre même pas eu à effacer des médias le rejet des deux initiatives favorables aux locataires, puisqu’ils n’en ont pas parlé du tout! Ces initiatives, l’une destinée à protéger les personnes âgées contre les résiliations et l’autre à renforcer les droits des locataires quant à la contestation des loyers abusifs à la conclusion du bail, ont été refusées par la majorité bourgeoise et nationaliste du Conseil national. La bataille sociale pour le logement abordable pour tous et pour des conditions de vie dignes des personnes âgées n’est visiblement pas une priorité pour les médias.

Visions et actions décevantes
A notre tour de nous poser la question du bilan des deux démissionnaires. Pour les locataires, il faut le dire clairement, l’action de Doris
Leuthard et de Johann Schneider-Ammann est une grande déception. Tous deux, empreints de la doxa libérale, ont toujours estimé que le meilleur moyen de disposer d’un marché du logement équilibré offrant à tous un habitat à prix abordable était de suivre simplement l’offre et la demande. Or cette vision idéologique est contraire à la réalité des faits. En raison de la catastrophe sociale de la libéralisation du marché, le Parlement suisse, jamais dominé par les étatistes, a fait marche arrière dès les années 1970 et a introduit une régulation. C’est donc avec soulagement que l’ASLOCA a vu le projet de révision du droit du bail porté en 2008 par Mme Doris Leuthard, axé sur le loyer initial du marché, échouer devant les Chambres fédérales. Du côté de M. Johann Schneider-Ammann, c’est son inaction face aux multiples demandes de mesures d’accompagnement en matière de logement à la libre circulation des personnes. Alors même que certaines de ces mesures étaient appuyées par le Dialogue Villes-Cantons-Confédération, ce fut le rejet complet, à l’exception de la proposition de l’introduction obligatoire de la formule officielle d’annonce du loyer précédent lors de la signature du bail et des voies légales de contestation. Mais le soutien de cette mesure par le conseiller fédéral ressemblait bien plus à la corde qui soutient le pendu qu’à un engagement politique.
Aucun des deux n’a jamais porté l’idée de la mise en place d’une feuille de route nationale du logement en collaboration avec les cantons afin de favoriser des politiques nationales et cantonales vers la production et la protection de logements à loyer abordable.

Changer la donne, c’est possible
Une déception donc. Et il n’est pas certain que, compte tenu de la composition actuelle du Parlement, la déception ne soit pas aussi au rendez-vous en ce qui concerne les nouveaux élus! Pour qu’une politique plus favorable au locataire émerge, c’est la composition du Parlement qui doit être changée. Il sera possible de le faire lors des élections de 2019 en choisissant uniquement des listes électorales qui incluent des défenseurs des locataires. C’est aussi possible en se mobilisant et en mobilisant son cercle d’influence pour l’emporter lors du vote sur nos initiatives et les référendums contre la détérioration du droit du bail ou des lois cantonales protectrices de l’habitat populaire. Passer de la déception à l’action, c’est notre défi permanent!

Carlo Sommaruga

Président de l’ASLOCA Suisse

MESSAGE – L’ASLOCA se renforce

Une fois n’est pas coutume, il apparaît juste de parler de nous-mêmes. Plus exactement de l’ASLOCA en tant que mouvement national des locataires.
Il y a trois semaines, toutes les sections de l’ASLOCA Suisse étaient invitées à la première Conférence des sections. Une grande première dans notre vie associative. Et un pas de plus, conséquent, dans le renforcement des structures nationales de notre mouvement, qui compte aujourd’hui plus de 200 000 membres, répartis en 25 sections cantonales ou intercantonales. Une des organisations les plus importantes de Suisse en termes d’affiliés.
On vient de loin. En effet, jusqu’en 2010 notre mouvement était organisé essentiellement par régions linguistiques avec des faîtières puissantes. En Suisse alémanique le Mieterinnen- und Mieterverband (MV-D), en Romandie l’Association suisse des locataires – Fédération romande (ASLOCA Romande) et au Tessin l’Associazione Svizzera Inquilini (ASI). L’assemblée suisse des délégués se composait seulement de seize personnes, sept de Suisse alémanique, sept de Suisse romande et deux du Tessin. Une structure nationale incapable de donner de vraies impulsions à l’ensemble du mouvement et manquant de légitimité pour défendre les intérêts des locataires au niveau fédéral. Après de fortes tensions internes au sujet d’une réforme du droit du bail proposée par la conseillère fédérale Doris Leuthard, alors cheffe du Département fédéral de l’économie, rejetée par le Parlement, et au sujet de laquelle les points de vue divergeaient radicalement entre les faîtières régionales et au sein des faîtières entre les sections elles-mêmes, notre mouvement a décidé de repenser complètement sa structure et son fonctionnement.

Ainsi, depuis 2011, l’ASLOCA Suisse compte sur un comité de 15 personnes représentatives des régions linguistiques, mais incorporant toutes les grandes sections et des spécialités diverses, certes des juristes mais aussi des économistes, des spécialistes dans la communication ou dans les économies d’énergie. L’assemblée des délégués est passée à près de 150 membres, donnant une assise démocratique réelle aux décisions comme celle de lancer l’initiative populaire «Pour davantage de logements abordables». Une assemblée aussi représentative donne également un souffle important aux propositions nationales au sein des sections, tout affairées qu’elles sont à la défense individuelle des locataires et aux combats politiques cantonaux. Tout cela piloté par un secrétariat professionnel.

La Conférence des sections vient compléter les conférences des présidents et des responsables de section, plus axées sur les questions organisationnelles et administratives par le biais de présentations du fonctionnement de chacune et des expériences positives que l’une ou l’autre section peut ensuite reprendre à son compte. Un instrument qui devrait permettre d’harmoniser à terme notre fonctionnement au niveau national. La Conférence des sections, c’est un lieu d’échange sur la définition du contenu et la coordination autour des actions de sensibilisation, des campagnes politiques de promotion du logement abordable et de la défense collective des locataires.

Cette première rencontre a été l’occasion de mettre en place nos stratégies pour les campagnes de votation de notre initiative et des éventuels référendums que nous devrons affronter solidement et intelligemment tous ensemble. Une réussite qui repose aussi sur le travail de préparation de nos commissions internes, l’une chargée des campagnes et l’autre du suivi de l’initiative.

Il est important de signaler qu’à l’issue de cette Conférence des
sections diverses d’entre elles, dans un esprit de renforcement de l’ASLOCA Suisse, mais aussi pour faciliter au secrétariat national la mise en place rapide des campagnes politiques auxquelles nous allons devoir faire face, ont décidé de reverser en mains de l’ASLOCA Suisse les réserves financières constituées depuis trois ans selon les décisions de notre assemblée des délégués. Un pas remarquable illustrant le degré de confiance interne et encore difficilement imaginable il y a quelques années. Nous pourrons ainsi puiser avec rigueur mais avec souplesse dans notre trésor de guerre en fonction des décisions du Parlement fédéral tant sur notre initiative populaire «Pour davantage de logements abordables» et que sur les initiatives parlementaires remettant en cause le droit du bail.

Autre signe de maturité de notre mouvement, c’est la proposition de la création d’un fonds de solidarité intersectionnel pour venir en aide aux sections les plus faibles. Une idée généreuse qu’il s’agira de discuter en nombre à notre assemblée des délégués annuelle.

Carlo Sommaruga

Président de l’ASLOCA Suisse